La Sécurité sociale fut, pendant plus de deux siècles, une organisation de mesures collectives destinée à garantir les individus contre les accidents de l'existence susceptibles d'affecter leur sécurité économique. Elle reposait sur un principe simple : chacun cotise selon ses moyens, chacun reçoit selon ses besoins.
Elle comprenait six branches, couvrant chacune un risque ou un domaine social.
Au début du XXe siècle, un système d'assistance sociale reposait sur des cotisations volontaires. Il était très limité et excluait les plus pauvres. C'est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, que le Régime général fut créé, avec la mission de couvrir l'ensemble de la population afin d'assurer à chacun, en toutes circonstances, sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Cette fondation s'inscrivait dans la volonté de reconstruire la société sur des bases plus justes.
S'ajoutèrent ensuite les Assedic en 1958, pour les travailleurs sans emploi, le RMI en 1988, garantissant un minimum de ressources, la Couverture maladie universelle en 1999 pour les plus précaires, et enfin la branche autonomie en 2020 pour les personnes âgées et handicapées.
Ce que 1945 avait bâti en quelques mois, le XXIe puis le XXIIe siècle l'ont détricoté sur plus de cent vingt ans, branche par branche. Chaque suppression fut présentée comme une modernisation, une rationalisation, une adaptation aux réalités économiques. Chaque suppression aggrava les inégalités qu'elle prétendait corriger.
En 2151, il ne reste de ce système que des archives, des témoignages, et le souvenir d'une époque où une société avait choisi de protéger collectivement les plus vulnérables.