La jeunesse
Noam DUFOUR
25 ans · Hauts-Perchés · employé corpo
Je suis Noam, j'ai 25 ans. Avec l'arrêt de la branche vieillesse, les personnes âgées sont devenues un poids. Que ce soit pour la famille ou pour la société. On a notre travail, notre vie sociale, notre vie sentimentale, créer peut-être notre propre famille, donc on n'a pas beaucoup de temps à consacrer à autre chose. Je trouve que d'aider les personnes âgées c'est du temps perdu car on sait qu'à un moment donné ou un autre, on va mourir, donc consacrer un bout de sa vie à prendre soin d'une personne qui n'est plus autonome, totalement dépendante des autres, c'est une trop grosse charge. On a déjà beaucoup de choses à gérer et des dépenses trop élevées dues à l'arrêt de toutes les branches de la Protection Sociale pour aider les vieux. Et puis, on ne peut pas sauver tout le monde. Je dois penser à mon avenir, à faire des économies pour la retraite et pouvoir vivre correctement si un jour, je peux avoir la retraite. Moi, ça me fait peur, je ne sais même pas si je pourrais être à la retraite un jour, et je ne sais même pas si j'aurais le temps d'y être. Mais je veux travailler le plus possible pour ne jamais me retrouver dans la situation actuelle.
Le vieillard seul
Richard DEVRED
80 ans · retraité depuis 15 ans · sans famille
Je suis Richard Devred, j'ai 80 ans et je suis retraité depuis plus de 15 ans. Je n'ai pas de famille, mes enfants sont partis car je représentais un poids et qu'ils n'avaient plus de temps pour eux, et ma femme est décédée il y a de ça quelques années. Je me sens très seul, je ne vois plus personne à part quand je sors faire une course. Dans ma famille, il y a une histoire qui s'est passée de génération en génération et qui parle des années 2000, où ils ont vu de plus en plus que les personnes âgées étaient isolées. Il y avait donc un schéma dans la famille de toujours se soutenir, quoi qu'il se passe. Je n'avais donc pas peur de me retrouver un jour tout seul, et pourtant, voilà où j'en suis. Je me retrouve très rapidement sur la paille bien que j'aie mis des sous de côté pour ma retraite. Ce n'est pas suffisant pour mes dépenses du quotidien et mes problèmes de santé. Je n'ai plus d'aide à domicile depuis quelques mois et c'est très dur. Je ne m'en vante pas, mais j'ai dû développer une stratégie de survie en volant de temps en temps dans les pharmacies. Avant, pratiquement tout était payé par la Sécurité Sociale, alors que maintenant, c'est la guerre. Je ne peux même pas aller travailler car les employeurs ne veulent pas des vieux qui vont poser des problèmes. En plus, avec mes problèmes de santé, il y a des matins où je n'arrive pas à me lever. Mes jambes ne bougent pas. Enfin, je ne sais pas comment je vais m'en sortir.
Les aidants
Sélène & Malik BAKER-PRÉVOST
38 et 41 ans · couple d'aidants · trois générations
Nous sommes Sélène et Malik, et nous accueillons ma mère chez nous pour l'aider dans les tâches quotidiennes. Ces derniers temps, tout s'est davantage compliqué. On n'a plus d'aide à domicile car c'est devenu trop cher. On a deux bons salaires, mais on n'arrive pas à subvenir à nos besoins et ceux de ma mère. Nous avons tous les deux un travail très prenant mais nous nous organisons pour pouvoir être le plus disponibles. On se répartit : une semaine l'un et une semaine l'autre, comme ça, ça nous permet de nous organiser au travail et de ne pas se retrouver dans des situations complexes. On est là pour toutes les tâches quotidiennes : c'est-à-dire l'aider à se lever du lit, préparer les repas, l'aider à marcher, s'installer dans un fauteuil ou son lit, prendre sa douche... On est très épuisé-es et fatigué-es avec mon conjoint, ce qui crée des tensions entre nous et ma mère. On sait bien qu'elle n'y est pour rien, mais parfois, c'est trop pour nous et on est sous tension.
Ex-CARSAT
Denise TASRAC
assistante sociale · 15 ans de métier effacé
Je m'appelle Denise Tasrac, j'ai été assistante sociale pendant 15 ans à la CARSAT. J'accompagnais les retraités dans toutes les démarches, du maintien de l'autonomie à l'accès aux droits. La branche vieillesse représentait pour moi la sécurité, la continuité et les droits acquis pour ces personnes. Depuis l'arrêt de la branche vieillesse, il y a eu de graves conséquences sur les anciens bénéficiaires. Ils n'ont plus de filet de sécurité, il y a une explosion des inégalités, les personnes âgées sont devenues les premières touchées. Certains, et je dirais la plupart, renoncent aux soins car ils n'ont plus les moyens, donc ils sont de plus en plus malades. Et puis le sujet de l'isolement dont on parle depuis des années et des années a complètement explosé. Nous, en tant que professionnel-les et travaillant auparavant à la CARSAT, on a eu la perte de métier du jour au lendemain. On nous a réuni-es le lendemain de l'annonce et ils nous ont expliqué qu'ils devaient fermer. On a vidé notre bureau et puis on est parti. Ça a aussi engendré trop de demandes d'emploi et les employeurs n'ont pas assez d'offres à nous proposer. On est donc en compétition entre nous pour avoir le poste. J'attends de voir si je trouve un poste, et si ce n'est pas le cas, je pense faire une reconversion professionnelle. Cette situation me désole, mais il faut bien réussir à avancer.