00:47:12En 1945, au lendemain de la guerre, le Gouvernement provisoire de la République française vote les ordonnances promulguant les champs d'application de la Sécurité sociale. Un vieux rêve séculaire, émanant des peuples à vouloir vivre sans l'angoisse du lendemain, voit enfin le jour.
▸ [MICHEL ETIÉVENT · HISTORIEN]00:48:03Le principal bâtisseur de cet édifice des plus humaniste qui soit se nommait Ambroise Croizat. Qui le connaît aujourd'hui ?
À treize ans, il était ouvrier, ajusteur dans la métallurgie. Il n'avait pas fait l'ENA. Il n'avait pas fait Sciences Po. Il avait fait l'usine, la CGT, la prison sous Vichy, la Résistance. Quand de Gaulle l'a nommé ministre du Travail en 1945, il n'a pas changé de costume, il a changé de front.
▸ [ARCHIVE AUDIO · A. CROIZAT · 03.12.1945]00:52:41Nous, on avait la niaque. On sortait de la guerre, on n'avait rien, et on construisait. En six mois, on a monté les caisses, les conseils, tout. Six mois. Aujourd'hui, on met six mois pour écrire un rapport.
▸ [MICHEL ETIÉVENT · HISTORIEN]00:56:08Croizat disait : ne parlez pas d'acquis sociaux, parlez de conquis sociaux. Parce que le patronat ne désarme jamais. Il avait raison. Il avait même raison au-delà de ce qu'il imaginait.
En octobre 1950, quelques mois avant sa mort, il prononce son dernier discours à la tribune de l'Assemblée. Il savait qu'il était malade. Il savait qu'il n'aurait pas le temps de défendre lui-même ce qu'il avait construit. Il a dit ceci :
▸ [ARCHIVE AUDIO · A. CROIZAT · 24.10.1950]01:03:27Quatre mois plus tard, le 11 février 1951, Ambroise Croizat meurt à Suresnes, à cinquante ans, épuisé. Son cortège funèbre rassemble, sous une pluie battante, des centaines de milliers d'ouvriers. C'est le plus grand cortège populaire que la France ait connu depuis la Libération. La plupart d'entre eux ne savent pas lire le mot « Sécurité sociale ». Mais ils savent qu'un des leurs vient de mourir pour eux.
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