DIFFUSION CLANDESTINE DOC.ID / AE-2151.07.04 / PAGE 02 ARCHIVE RECONSTITUÉE
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// extraits d'archive // bd-reconstitution //

LA SOCIALE

Fragments récupérés d'un documentaire de Gilles Perret, sorti dans l'ancien monde en 2016.
▸ BD-EXTRACT / FRAME 00:47:12
SIGNAL 04.07
Archive Ambroise Croizat
AMBROISE CROIZAT 1901 - 1951
SRCARCH.CGT / GALLICA
FMTBD-RECONST.
INT94.2%
FONCTIONMINISTRE DU TRAVAIL
MANDATS1945 - 1947
CLAS▲ INTERDITE
Ouvrier ajusteur dès 13 ans. Syndicaliste CGT. Ministre des Travailleurs. Architecte de la Sécurité sociale. Décédé d'épuisement à 50 ans, trois ans après avoir bâti ce qu'ils viennent aujourd'hui de défaire.
Ce qui suit a été reconstitué à partir d'un fragment du documentaire « La Sociale » de Gilles Perret (2016), retrouvé dans les archives clandestines du mouvement. Les voix, les visages, les silences entre les phrases ont été réintégrés dans le flux BD. Ce que vous lisez, nous l'avons vécu.
▸ [VOIX OFF — NARRATION]

00:47:12En 1945, au lendemain de la guerre, le Gouvernement provisoire de la République française vote les ordonnances promulguant les champs d'application de la Sécurité sociale. Un vieux rêve séculaire, émanant des peuples à vouloir vivre sans l'angoisse du lendemain, voit enfin le jour.

▸ [MICHEL ETIÉVENT · HISTORIEN]

00:48:03Le principal bâtisseur de cet édifice des plus humaniste qui soit se nommait Ambroise Croizat. Qui le connaît aujourd'hui ?

À treize ans, il était ouvrier, ajusteur dans la métallurgie. Il n'avait pas fait l'ENA. Il n'avait pas fait Sciences Po. Il avait fait l'usine, la CGT, la prison sous Vichy, la Résistance. Quand de Gaulle l'a nommé ministre du Travail en 1945, il n'a pas changé de costume, il a changé de front.

▸ [ARCHIVE AUDIO · A. CROIZAT · 03.12.1945]
« Il faut en finir avec la souffrance, l'indignité et l'exclusion. Désormais, nous mettrons l'homme à l'abri du besoin. Nous ferons de la retraite non plus une antichambre de la mort, mais une nouvelle étape de la vie. » ; DISCOURS À L'ASSEMBLÉE, 3 DÉCEMBRE 1945
▸ [JOLFRED FRÉGONARA · CGT · 96 ANS]

00:52:41Nous, on avait la niaque. On sortait de la guerre, on n'avait rien, et on construisait. En six mois, on a monté les caisses, les conseils, tout. Six mois. Aujourd'hui, on met six mois pour écrire un rapport.

▸ [MICHEL ETIÉVENT · HISTORIEN]

00:56:08Croizat disait : ne parlez pas d'acquis sociaux, parlez de conquis sociaux. Parce que le patronat ne désarme jamais. Il avait raison. Il avait même raison au-delà de ce qu'il imaginait.

En octobre 1950, quelques mois avant sa mort, il prononce son dernier discours à la tribune de l'Assemblée. Il savait qu'il était malade. Il savait qu'il n'aurait pas le temps de défendre lui-même ce qu'il avait construit. Il a dit ceci :

▸ [ARCHIVE AUDIO · A. CROIZAT · 24.10.1950]
« Jamais nous ne tolérerons que soit rogné un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès. » ; DERNIER DISCOURS À L'ASSEMBLÉE, 24 OCTOBRE 1950
▸ [VOIX OFF — NARRATION FINALE]

01:03:27Quatre mois plus tard, le 11 février 1951, Ambroise Croizat meurt à Suresnes, à cinquante ans, épuisé. Son cortège funèbre rassemble, sous une pluie battante, des centaines de milliers d'ouvriers. C'est le plus grand cortège populaire que la France ait connu depuis la Libération. La plupart d'entre eux ne savent pas lire le mot « Sécurité sociale ». Mais ils savent qu'un des leurs vient de mourir pour eux.

[ FIN DU FRAGMENT // SIGNAL PERDU ]

DEUX CENTS ANS DE SÉCURITÉ SOCIALE
04.10.1945 Ordonnances créant le régime général de la Sécurité sociale.
11.02.1951 Mort d'Ambroise Croizat à 50 ans, épuisé.
09.11.2016 Sortie de « La Sociale » de Gilles Perret, dernière grande œuvre populaire pour la mémoire de Croizat.
04.06.2151 Suppression de la branche vieillesse. Trente jours plus tard, naissance du mouvement.